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La plage humaine

44 x 50 x 74,5 cm. 2020.

(Original en terre crue)

(Développement de la sculpture du début jusqu'à la fin)

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La plage humaine


Le sommeil s’ouvre, profanant la nuit. La nuit difficile. C’est comme hier. Inutile vers la plage. Ce sera comme hier.  


Sans mouvement, il reste un certain temps, pour que la peau au moins s’habitue au réveil.


Il se lève enfin, il prend ses vêtements de laine sombre, hésite, touche la porte, hésite encore.


Sur des herbes mortes, il marche lentement vers la mer. Un vent frais, venu des terres, fade et sec, a éclairci le ciel. Des oiseaux, en silence, fuient au large.


Il atteint la plage. Il regarde. La mer grise, les sables froids, des rochers d’amertume séchée.


Il s’assoit machinalement, la main gauche dans le sable. Il arrache une herbe qu’il rejette au loin. Il regarde encore la mer, l’horizon indistinct. Il ne comprend pas le paysage, il ne peut que tenter de voir son passé. Sa mémoire est pesante, et rien ne vient. Les cris d’une mouette blessent l’espace. Il étire l’attente jusqu’au bout de la mer, qu’il ne voit pas.


Le sol est froid, il doit se lever. Pour n’être pas là, il s’approche de la fin des vagues. Le sable cède sous ses pas. Il n’a pas droit au profond de l’eau. Plus tard, peut-être. Il se baisse pourtant. Sa main devient froide. Il ne l’essuie pas. Il regarde grandir une goutte, infime univers, qu’il porte à sa bouche.


Il va lentement, le long des déchirures de l’océan, l’esprit immobile. Pensées de silence. Il regarde se perdre le regard, nulle part. Mains éloignées. Grain de sable et main de ciel. L’eau sépare, partout il pleut du vide. Des flammes blanches tordent et déploient sa vie, lui cachent le jour et le séparent du paysage. Il y’a cependant un oiseau qui tombe. Le ciel voit la mer, il y a la plage. Il a pris une pierre, il a frappé.


Comme une aiguille, d’abord, puis plus large, une pensée prend corps, extrême et tendue. Aller jusqu’au bout. Il se laisse aller jusqu’au bout. Et, d’abord, oublier cette pensée, la dissoudre à l’horizon, la fondre dans le ciel, comme ce cri de mouette qui éclate partout, toujours maintenant.


Il abandonne la nuit. Il respire royalement. Il prend l’espace à son compte. Il se voit. La mer enfin se fait dense, et comme présente à lui, posant une question innombrable, secrète et constante.


Quelque chose subit cette pression, une force s’ouvre. Il sent ses reins contre le sable mouillé, comme s’il prenait appui. Sa main blessée le fait souffrir, fortement, joyeusement. Il se retourne pour saisir le vent. Le passé fuit, jusqu’au présent retrouvé du paysage, le sien peut-être, qui se teinte d’effroi, et d’étonnement sacré. Ses forces partent. Il règle l’affrontement du ciel et de la terre, du moins celui qui l’agite, à l’intérieur, et dont il se veut responsable. Le sable coule comme du sang. Il écrase, comme s’il riait, la poussière du sol. Il s’étonne de sa faiblesse et de l’inexplicable d’une immense joie naissante. La vie lui appartient. Il touche mentalement et légèrement les sources du paysage tandis que les flammes blanches de l’enfance disparue deviennent lumière. Il court. Son chemin s’éclabousse d’avenir. Sans le vouloir, il fait un signe.


Christian Noorbergen
 

(Plâtre patiné)

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